vendredi 22 juillet 2011

VOILA COMMENT LES FEMMES SONT VIOLEES EN RDC


Selon un nouveau rapport d’Oxfam, 60 % des victimes de viols à l’Est de la République démocratique du Congo ont été la proie de groupes armés. Le rapport révèle également une augmentation alarmante des viols commis par des civils.
L’enquête, réalisée par l’Harvard Humanitarian Initiative à la demande d’Oxfam, démontre que 60 % des victimes interrogées ont été la proie de groupes armés. Plus de la moitié des viols ont été commis la nuit au domicile des victimes, souvent en présence du mari et des enfants.
74 % des survivantes vivent de l’agriculture. Les limitations physiques dues aux viols sont autant d’obstacles au retour aux champs. Cette situation s’est encore aggravée suite à l’insécurité permanente dans les campagnes.
Si les soldats et les miliciens constituent encore la majeure partie des auteurs de ces viols, le rapport révèle une augmentation choquante du nombre de viols commis par des civils : en 2004, moins d’un pour cent des viols étaient attribués à des civils ; en 2008, ce pourcentage s’élevait à 38%.
Le rapport d’Oxfam se base sur des informations recueillies pendant 4 ans auprès de 4.311 femmes victimes de violence sexuelle soignées à l’hôpital Panzi, dans la province du Sud-Kivu.
Les casques bleus doivent rester !
Selon l’ONU, plus de 5.000 personnes ont été violées au Sud-Kivu en 2009. Le rapport d’Oxfam révèle une forte augmentation du nombre de viols durant les opérations militaires. Au vu des offensives menées de façon continue contre des milices de l’Est de la RDC, le rapport donne une image particulièrement pertinente de la situation actuelle dans la région.
La sortie de ce rapport intervient à quelques jours seulement de la visite du Conseil de sécurité de l’ONU au Congo, qui débutera ce samedi 17 avril, en vue d’un éventuel renouvellement du mandat des casques bleus en mai.
Steven Van Damme, responsable plaidoyer chez Oxfam-Solidarité : « A l’heure où l’on évoque des plans de retrait des troupes de sécurité de l’ONU, les viols et brutalités à grande échelle révélés dans ce rapport doivent servir de sonnette d’alarme. Comment parler de ’situation sécurisée’ alors que les femmes ne peuvent pas dormir en sécurité dans leur propre lit ? Le rapport indique indique clairement pourquoi les troupes de l’ONU jouent toujours un rôle crucial dans le maintien de la sécurité. »
Une stigmatisation dramatique
Le rapport se penche aussi sur la stigmatisation dont sont victimes les femmes au sein de leurs familles après avoir été violées, et des difficultés qu’elles rencontrent en matière d’accès aux soins médicaux.
- Moins de 1% des femmes victimes de viols se rendues à l’hôpital de Panzi avec leurs mari, et 9% ont été abandonnées par leur conjoint. Une femme sur trois est venue seule.
- Cette stigmatisation pousse les femmes à ne pas solliciter de soins médicaux : seulement 12 % des victimes se sont rendues à Panzi dans un délai d’un mois suivant l’agression. Très peu de femmes sont allées se faire soigner suffisamment à temps pour pouvoir éviter une infection par le VIH.
- Plus de 50% des femmes ont attendu plus d’un an avant de se faire examiner, et un grand nombre d’entre elles ont attendu plus de trois ans.
Susan Bartles, responsable de l’étude de la Harvard Humanitarian Initiative : « Cette enquête confirme ce qui nous était rapporté jusqu’à maintenant de manière anecdotique : la violence sexuelle se normalise à l’Est du Congo. L’ampleur des viols commis au fil des années a rendu ce crime plus acceptable. Et même si le Congo dispose d’une des législations les plus progressistes d’Afrique en ce qui concerne les viols, peu de violeurs sont poursuivis. »
Face à ce constat, Oxfam demande à la communauté internationale et au gouvernement congolais de considérer la protection des civils comme une priorité et de lutte contre l’impunité en réformant la justice et l’armée congolaise.
Plus d’infos :
- Lisez le rapport complet "Now, the world is without me" (anglais)
- Pour une approche historique et stratégique du viol utilisé comme arme de guerre, lisez l’article suivant d’Anne Dupierreux : "Quand le viol devient arme de guerre"
- Le responsable du plaidoyer humanitaire d’Oxfam-Solidarité, Steven Van Damme, est disponible pour des interviews et d’autres explications sur le rapport. E-mail : sva(at)oxfamsol.be — GSM : +32 (0)485 44 27 47.
- Cette enquête a été réalisée par la Harvard Humanitarian Initiative et financée par Oxfam Amérique. Il s’agit d’une enquête rétrospective, effectuée dans l’hôpital de Panzi. Des survivantes de violence sexuelle ont été interviewées lors de leur visite à l’hôpital entre 2004 et 2008. Les interviews ont été réalisées en privé, par des collaboratrices formées à cet effet. Les chercheurs de la Harvard Humanitarian Initiative ont fait des analyses qualitatives et quantitatives. 4.311 des 9.709 survivantes de violence sexuelle qui ont visité l’hôpital de Panzi entre 2004 et 2008 ont été questionnées.

Quelques témoignages de survivantes :
- « C’était une nuit de 2007 et ma famille et moi dormions à la maison. On a frappé à la porte. Des assaillants ont ordonné à mon mari d’ouvrir la porte. Un groupe de six hommes vêtus d’uniformes militaires - quatre d’entre eux armés et deux non armés - sont entrés dans la maison. Ils ont commencé à voler nos biens. Ils nous ont emmenés dehors et nous ont forcés à les suivre dans la forêt. Une fois arrivés dans la forêt, ils ont libéré mon mari, mais m’ont forcée à continuer plus loin dans la forêt avec eux. Un commandant m’avait choisie comme épouse et m’a gardée dans la forêt pendant sept mois, période pendant laquelle il m’a violée à chaque fois qu’il en avait envie. Comme il pensait que je n’étais pas capable de m’enfuir, il me permettait de me promener toute seule et c’est comme cela que je me suis enfuie. »
- « Ma famille et moi dormions lorsque les soldats sont arrivés. Ils ont ligoté les mains de mon mari et ils m’ont ensuite violée l’un après l’autre. Après, ils nous ont emmené, mon mari et moi, dans la forêt. Quand mon mari a cherché à leur résister, ils l’ont abattu. J’ai passé trois semaines dans la forêt jusqu’à ce que je réussisse à m’enfuir une nuit. Quand je suis arrivée chez moi, j’ai découvert que mon enfant était mort. »
- « Nous les avons trouvés dans notre maison. Ils avaient tout volé. Ils ont mis mon mari sur le lit et l’ont battu. Ensuite, deux soldats m’ont violée. Cette histoire est si tragique, je n’arrive pas à croire que cela me soit arrivé. »

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