
Selon un nouveau rapport d’Oxfam, 60 % des victimes de viols à l’Est de la République démocratique du Congo ont été la proie de groupes armés. Le rapport révèle également une augmentation alarmante des viols commis par des civils.
L’enquête, réalisée par l’Harvard Humanitarian Initiative à la demande d’Oxfam, démontre que 60 % des victimes interrogées ont été la proie de groupes armés. Plus de la moitié des viols ont été commis la nuit au domicile des victimes, souvent en présence du mari et des enfants.74 % des survivantes vivent de l’agriculture. Les limitations physiques dues aux viols sont autant d’obstacles au retour aux champs. Cette situation s’est encore aggravée suite à l’insécurité permanente dans les campagnes.
Si les soldats et les miliciens constituent encore la majeure partie des auteurs de ces viols, le rapport révèle une augmentation choquante du nombre de viols commis par des civils : en 2004, moins d’un pour cent des viols étaient attribués à des civils ; en 2008, ce pourcentage s’élevait à 38%.
Le rapport d’Oxfam se base sur des informations recueillies pendant 4 ans auprès de 4.311 femmes victimes de violence sexuelle soignées à l’hôpital Panzi, dans la province du Sud-Kivu.
Les casques bleus doivent rester !
Selon l’ONU, plus de 5.000 personnes ont été violées au Sud-Kivu en 2009. Le rapport d’Oxfam révèle une forte augmentation du nombre de viols durant les opérations militaires. Au vu des offensives menées de façon continue contre des milices de l’Est de la RDC, le rapport donne une image particulièrement pertinente de la situation actuelle dans la région.
La sortie de ce rapport intervient à quelques jours seulement de la visite du Conseil de sécurité de l’ONU au Congo, qui débutera ce samedi 17 avril, en vue d’un éventuel renouvellement du mandat des casques bleus en mai.
Steven Van Damme, responsable plaidoyer chez Oxfam-Solidarité : « A l’heure où l’on évoque des plans de retrait des troupes de sécurité de l’ONU, les viols et brutalités à grande échelle révélés dans ce rapport doivent servir de sonnette d’alarme. Comment parler de ’situation sécurisée’ alors que les femmes ne peuvent pas dormir en sécurité dans leur propre lit ? Le rapport indique indique clairement pourquoi les troupes de l’ONU jouent toujours un rôle crucial dans le maintien de la sécurité. »
Une stigmatisation dramatique
Le rapport se penche aussi sur la stigmatisation dont sont victimes les femmes au sein de leurs familles après avoir été violées, et des difficultés qu’elles rencontrent en matière d’accès aux soins médicaux.
Susan Bartles, responsable de l’étude de la Harvard Humanitarian Initiative : « Cette enquête confirme ce qui nous était rapporté jusqu’à maintenant de manière anecdotique : la violence sexuelle se normalise à l’Est du Congo. L’ampleur des viols commis au fil des années a rendu ce crime plus acceptable. Et même si le Congo dispose d’une des législations les plus progressistes d’Afrique en ce qui concerne les viols, peu de violeurs sont poursuivis. »
Face à ce constat, Oxfam demande à la communauté internationale et au gouvernement congolais de considérer la protection des civils comme une priorité et de lutte contre l’impunité en réformant la justice et l’armée congolaise.
Plus d’infos :
Quelques témoignages de survivantes :
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